Ce soir, je prends le droit de ne rien faire, droit de dormir, le droit d'être en paix, le droit qu'on me laisse en paix, le droit qu'on m'abandonne, le droit de m'abandonner, le droit de pleurer là, le droit de rire là aussi, le droit de rien, le droit de tout!
Je voudrais que le temps s'arrête, que tout s'arrête le temps d'un instant, le temps de souffler, le temps de tout ça. M'offrir une parenthèse ce soir, juste comme ça, fermer les yeux écouter, laisser parler les émotions, transpirer d'émotion, avoir chaud, il fait si froid dehors... et dedans aussi parfois, comme ça ne me ressemble pas!
On a chanté passage pommeraye, et j'avais les doigts tout gelés,
On a chanté aux galeries Lafayette, chanté qu'on était pas venu pour se faire engueuler, mais on s'est fait engueuler quand même!
Alors on a chanté encore au marché de noël équitable, et j'avais les oreilles toutes gelées...
Et maintenant, je me pose un peu, et j'ai les joues qui brûlent, ... le petit bonhomme du marché de noël de la place royale, y voudrait pas me refaire son massage de la tête aux pieds, au pied de nez, pied de nez??
Toute cette foule dans la rue, tous ces gens qui s'aglutinent, qui râlent, qui pestent, qui achètent, pour qui, pourquoi, qui se bousculent, qui klaxonnent... Joyeux noël, on leur a dit,... y'en a qui se sont arrêtés, qui ont écouté, y'a un mec saoul qui avait la larme à l'oeil, et cette dame en blouson blanc la bouche ouverte. J'aime ces gens que je ne connais pas, ces gens qui s'arrêtent, qui prennent le temps que je ne prends pas, qui écoutent, qui aiment. Et moi je courre, j'oublie, mais j'oublie rien, j'allume l'ordi, je laisse tomber la poussière, la poussière qui tombe comme mes cheveux, je baille, j'écoute les copines au téléphone, je baille, je ne dors pas, je suis plombée de sommeil quelques heures durant, jusqu'au glas du matin, et je chante enfin, j'écoute, j'entends, je me réveille, j'aime, tout, la vie, les gens, tous les gens. Je ris de celui là, qui lance la BD par terre parce qu'il y a trop la queue, du petit là-bas qui vient de se prendre une torgnole de s'être roulé par terre... il est moche le grand manteau rouge de la dame aux boucles d'oreilles dorées. Et la musique assome dans les rues, et les gens courrent, achètent, et achètent encore, bousculent avec leurs sacs trop lourds... Ca sent le vin chaud... Allez, je vous invite à boire un verre ?
Comme c'est chaud, comme c'est bon, comme il fait froid, terriblement froid, j'ai les orteils gelés, comme il fait chaud dedans quand on est ensemble, comme ça, pour rien, même si on se se connait pas, pas vraiment. Tout s'arrête d'un coup, tout arrête de tourner. Elle est pharmacienne, elle femme de ménage, et lui? Lui, je ne sais pas vraiment, mais j'aimerais bien savoir. Il est du genre à faire chanter les cigales. On est ensemble, on se moque bien de qui fait quoi dans le fond, les règles ici n'ont rien à voir...
Je pourrais mettre des petites bougies un peu partout le 24, quand ils viendront manger. Elle était triste ma grand-mère au téléphone. Au champion, j'ai souri à la mémée courbée, y'avait plein de bonheur dans ses yeux, une complicité quand j'ai aidé la petite fille à sortir le nutella de son charriot.... la caissière a demandé à la mémée courbée "et votre mari, que devient-il? "mais il est mort madame, ça fait deux ans!" Et les yeux bleus de la mémée ont sombré, se sont arrêtés de briller. Il est des questions qu'il vaut mieux taire... Mmmm, c'est si long et si court une vie. Faut vivre, vivre de tout, vivre de ces petits riens, ces petits riens qui font vivre parfois, et qui tombent à point nommé.
Ce soir, bulle de spectacle, m'évader, m'échapper, gamberger dans la tête les images et les mots.
C'est tout ça qu'il offre le fou de l'île, il enveloppe de mots que je ne saurais dire, de mots qui font voyager, un voyage accroché à un cerf-volant au milieu des étoiles, des mots qui portent LA VIE, la vie pour de vrai, la vie que j'aime vivre.... quand je suis dans le temps et non hors tempo ! C'était bien cet après-midi quand le temps battait à sa juste mesure sous la pulsation de mon coeur, mon coeur qui bat la mesure que je ne mesure plus...
samedi 15 décembre 2007
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