Il était là, j'imagine assis sur son trône, comme un enfant roi qui n'a pas appris à gouverner. Autour de lui tous ces autres qui le pressent, qui l'agacent, qu'il doit gérer, qu'il n'arrive pas à gérer, qui parlent un langage qu'il ne comprend pas, qui ne le comprend pas. Pour se prouver qu'il est Roi, il frappe, il tape les poings, il crie son injustice, il injure, il bouscule, il se débat dans son royaume sans nom. Il n'aurait pas dû faire "CLIC CLAC la photo !", mais de quel droit voler ainsi son image... son image qu'il déteste, et l'image de qui d'abord? De quels parents? De quelle contrée? De quelle origine ?
Il s'est enfermé sur son trône pour ne plus les voir, ne plus les entendre, il ne supporte plus ce peuple qui vit, ce peuple qui ne l'a pas reconnu dans son identité, ce peuple qui l'a porté là avec un nom dont il ne connait rien d'autres ou si peu, ou beaucoup trop. Il pleure. "Tu peux défoncer la porte, j'm'en fou, je ne bougerai pas !"
Dis-moi petit Roi à la couronne volée au berceau, sois digne de ta Terre, et sors la tête haute de ta forteresse. Trouve le courage de baisser le pont-levis "je ne sais pas, j'hésite"... Vas-y, tu peux y arriver, les toilettes, c'est bon pour vomir sa vie, à 9 ans, tu dois la vivre. Tu t'es enfermé seul dans ton donjon, c'est à toi de trouver la clé pour en sortir. Dehors il y a le vent, le vent qui souffle, le vent qui balaye. Tu étouffes entre tes quatre murs, courgae mon grand, il n'y a plus de chiens à t'attendre au pied de tes murs, ils chantent tes amis-ennemis, ils chantent le vent, le vent qui souffle, le vent qui balaye.
Respire, ouvre ta porte et viens chercher l'air!
"j'hésite, mais j'arrive plus à respirer."
C'est passé du rouge au blanc, il a tourné le verrou, tout doucement, sans faire de bruit, comme si personne ne le voyait, et il est resté là, quelques minutes à écouter parler, blotti contre la porte, et moi de l'autre côté à l'écouter respirer. Et puis plus rien, la porte s'est entrebaillée, et il est apparu, avec ses yeux plein de larmes en sourire, ses joues gonflées. Je l'ai serré contre moi et je lui ai dit viens... Viens petit bonhomme, il n'y a pas d'air ici, prends ton blouson on descend sur la cour boire le vent qui chante, le vent qui souffle, le vent qui balaye. il a courru, quatre fois le tour de la cour. et à chaque tour, je lui demandais, ça va mieux, et il répondait "encore"... Il a courru, courru, courru dans le vent qui souffle, le vent qui balaye. puis il s'est arrêté enfin. Il est revenu s'asseoir sur le banc à côté de moi. il m'a regardé les larmes assèchées, il souriait.
lundi 28 janvier 2008
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