jeudi 7 février 2008

première expé-riance

Elle a 9 mois passés, et le sol de la pièce où elle vit n'a jamais été aussi propre. Il y a des objets étalés partout qu'elle a dérangés, attrapés, explorés, abandonnés. Le plus chamboulé, c'est son père qui vibre ses battements de cils dans le corps de sa guitare. Sa mère, sa mère drapée de tendresse, s'inquiète. Elle ne dort pas la nuit, elle n'a pas de chambre à elle, ils sont fatigués, elle les ennivre, ils l'aiment plus que tout... et bientôt, elle se tiendra sur ses deux petites jambes, elle se cramponnera aux doigts de son papa qui n'aurait jamais imaginé vivre ça, lui qui battait les rues. Elle est belle, ils sont beaux d'amour. Elle chante, il l'accompagne à la guitare, bébé dort, elle dort enfin... il y a des pâtes au menu ce soir, mais peu importe, la musique leur tient chaud le ventre et le coeur....et puis les pâtes, c'est comme les patates, c'est bon pour la santé ! Qui peut dire ce que sera demain? Ils s'en moquent bien, il ne peut rien arriver de bien terrible, ils sont ensemble, ils s'aiment. Parfois, il retrouve sa solitude d'avant, celle qu'il aime, qui ne l'a jamais vraiment quittée. Il part nus pieds dans les rues boire l'air de la liberté du dehors sans frontières, sans murs trop étroits pour trois. Demain, pourquoi penser à deux mains, à tout vouloir prendre, tout vouloir faire, tout vouloir maîtriser. Parfois il suffit d'une main, une seule, tendue là sur le chemin pour que demain sombre dans l'insouciance.
Cette petite main qui saisit sa main, ne sait pas encore ce que demain veut dire. Aujourd'hui, elle grandit d'amour et d'eau fraîche. Son lendemain sera-t-il un océan d'eau dans les yeux? Une noyade sous les douches froides ? des buées au coeur? des soirées dans le gel ?... Si l'océan des larmes vient la remplir un jour, il restera toujours ce bateau d'aujourd'hui, ce bateau plein de l'amour qui emplit son âme pour la vie, ce bateau qui continue toujours de voguer en nous quelle que soit les tempêtes que l'on traverse. Il est des bateaux qui sombrent dans l'oubli, mais ils sont toujours là au fond, et il est toujours un moment où ils remontent à la surface, où l'ont peut s'y accrocher comme un radeau.
On peut douter de la vie, de l'avenir, du bout du bout, mais l'amour coulé dans son enfant est pour l'éternité.... et quand il n'a plus l'âge de rendre propre le plancher, quand il en est à l'âge de la rage, où l'indépendance de la vie se manifeste à cris, la mère s'épuise à essorer son coeur. Elle bat de l'aile, il s'envole, elle l'enveloppe encore à tire-d'elle, il déploie ses ailes frêles, elle.... elle ?
Elle sait. Elle connait les pluies et les orages. Elle connait les ravages de la foudre. Elle voudrait que lui ne connaissent que les étés soleil, mais l'homme vit les quatre saisons, le gel et la canicule, la grêle et la bruine, les tourbillons des feuilles d'automne et celui des pétales de printemps, les arbres nus et les arbres en bourgeons. Au rythme des quatre saisons, il danse la vie, sa vie, cette vie qu'elle sait aussi belle que tumultueuse... et cette mouvance, cette émouvance lui fait craindre le déracinement de son arbrisseau. Mais comment pourrait-il se déraciner? C'est elle qui l'a planté là, qui l'a arrosé. il la porte dans ses racines, elle est forte, il s'élève pour chatouiller le ciel. Elle a peur que les nuages se prennent dans ses branches, mais c'est presque un homme maintenant, et dans le tourbillon des quatre saisons, il vit, il vit la vie, il vit sa vie. Elle s'inquiète de l'endurance de cette vie qu'il démarre, elle en oublie l'émouvance, la connivence, l'effervescence. Elle voit ses ailes malhabiles, son petit corps encore si jeune bousculé par le vent, le vent qui frappe et qui claque, le vent qui emporte. Elle doute, elle a peur, elle se sent si fragile d'un coup... Et si elle faisait confiance, si elle se faisait confiance, à tout ce qu'elle a donné pour qu'il s'envole aujourd'hui, pour qu'il vive son voyage à travers vents et marées. Et si elle lui faisait confiance, si elle faisait confiance en la vie et à ses expériences..... Il vit sa première expé-riance, espérance. Elle vit sa première aire-rance sans lui. Il est en mouvance et elle aussi.
Elle disait, je connais les chausse-trappes
Il disait, je n'ai plus besoin de chausse-pieds
Elle disait, je suis estropiée...
Il disait, c'est trop le pied !
Elle disait, tout peut t'arriver,
Il disait, tout peut arriver
Elle disait, si tu savais tout ce qui t'attend
Il disait, si tu savais tout ce qui m'attend
Elle disait, j'ai mal de tous ces doutes
Il disait, j'avance sans aucun doute
Elle disait, la route est longue
Il disait, j'ai toute la route devant moi
Elle disait on va toujours à l'autre bout
Il disait j'irai jusqu'au bout !

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